Quatre hommes condamnés entre un et quatre ans de prison pour trafic de drogue à Muret

Bâtiment rue Pierre de Capèle du 11 au 19 (de gauche à droite). (Image StreetView de Google Maps de février 2022)

Vendredi, dans une atmosphère particulière pour une comparution immédiate, quatre hommes ont été condamnés entre un et quatre ans de prison pour un trafic de stupéfiants, cité Capele à Muret. Surveillés pendant plusieurs mois par les gendarmes, toute la ville s’y approvisionnait.

Ils ont été arrêtés le 20 juin dernier et devaient être jugés il y a un mois. Mais sur les conseils de leurs avocats, les quatre prévenus ont tous demandé un renvoi pour préparer leur défense. Et ce n’est pas une mince affaire, le dossier posé à côté du juge est très imposant. Et pour cause, de février à juin dernier, les gendarmes ont accumulé des dizaines de rapports agrémentés de photographies accablantes pour les prévenus. Fait inhabituel pour une comparution immédiate, le juge utilise le rétroprojecteur de la salle d’audience pour afficher les différentes pièces du dossier. Les bancs de la salle sont bondés, remplis par les familles des accusés.

Des amateurs qui se structuraient

« Certains jours, il y avait déjà la queue avant que le point de deal n’ouvre. » commente le juge. C’est entre le 11 et 17 de la rue Capele à Muret au sud de Toulouse que se déroulait le manège : un trafic estimé entre 50 et 100 ventes par jour par les enquêteurs. Au cœur de la cité, à quelques mètres du bâtiment, le collège Louisa Paulin accueille plus de 800 élèves provenant du quartier et des petites villes alentours. Il y avait du passage, ce qui le rendait très visible. Peut-être un peu trop.

C’est sur les plaintes de riverains agacés par ce remue-ménage quotidien que les gendarmes vont s’y focaliser. De février à juin dernier, les enquêteurs vont accumuler plus de 60 jours de surveillance depuis un bâtiment voisin. Ils vont aussi réussir à installer un appareil photo discret dans le mur d’une cave. Lors des perquisitions, dans les appartements, les caves, les voitures et même un faux plafond, plusieurs kilos de cannabis, sous forme de résine et d’herbe, ainsi que quelques centaines de grammes de cocaïne sont retrouvés. Tout le matériel nécessaire pour permettre le stockage et le conditionnement des drogues est aussi saisi par les gendarmes.

Pas encore de gros bonnets dans le milieu, les jeunes commençaient pourtant à grimper les échelons. Un sac poubelle rempli de munitions et trois armes sont trouvés : une carabine, un 22 Long Rifle et un fusil à pompe Maverick. Puis mi-mars, se sentant probablement menacés, ils se procurent des gilets pare-balles.

Entrée du collège Louisa Paulin au premier plan. Le bâtiment du 11 au 19 Capele en arrière plan. (Image StreetView de Google Maps de janvier 2023).

Entre quatre ans et un an de prison

Parmi les quatre prévenus, deux ont grandi dans ce bâtiment et sont à peine majeurs. Ils sont considérés par le tribunal comme le chef et son bras droit. Ils n’ont aucun casier judiciaire. Le chef a dix-neuf ans et vit au-dessus de ses moyens : il possède une voiture Audi SQ2 et un scooter Tmax flambants neufs. Il détient 12000 euros d’épargne et 7500 euros d’argent liquide. Pour se justifier au tribunal, il déclare qu’il est « quelqu’un de très économe. » Peu convaincant, il est condamné à quatre ans de prison dont trois ans ferme.

Son bras droit qui détenait les clés des deux caves, faisait des va-et-vient entre les caves et le lieu de vente. C’était le revendeur principal. 425 euros d’argent liquide sont retrouvés chez lui ainsi qu’un couteau avec de la résine de cannabis dessus. Il est condamné à trois ans de prison dont la moitié de prison ferme.

L’investigation montre que les deux autres sont de simples vendeurs. Le premier est sans casier judiciaire et bénéficie d’une peine clémente, un an de prison dont six mois avec sursis. Le second, par contre, est en récidive. Il est condamné à dix-huit mois de prison, ajoutés à la révocation d’un sursis de huit mois soit 26 mois de prison au total.

Même les pompiers s’y approvisionnent

En affichant sur l’écran de la salle d’audience les dizaines de photographies, le juge constate que tout le gratin muretain venait s’y approvisionner. « Des familles bien sous tous rapports, comme des toxicomanes notoires. » Mais également, « des ambulanciers et des pompiers » parfaitement reconnaissables avec leurs véhicules de fonction. L’anecdote ne manque pas de faire sourire l’audience, comme les magistrats. Un sourire crispé.

Cette clientèle s’affichant au grand jour illustre une consommation devenue ordinaire en France. L’observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) estime à cinq millions le nombre d’usagers de cannabis en France. Et la sempiternelle question de la légalisation qui permettrait de stopper l’économie souterraine des cités et des campagnes se pose à chaque nouvelle affaire percée à jour. Selon un récent article de France Info, la municipalité écologiste de Bègles en Gironde, souhaiterait lancer une expérimentation locale de légalisation. Mais à l’Elysée comme au gouvernement, on est totalement opposé à toute initiative. Le débat continue. Et les trafics aussi.

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