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Il agresse un homme au cou, place Saint-Pierre à Toulouse, mais plaide la légitime défense

Photographie de la rive de la Garonne en contrebas de la place Saint-Pierre où s’est déroulée l’altercation. Le dessous du pont à gauche. La caméra de la ville en haut à droite. (Photographie de Google StreeView – Illustration)

Place Saint-Pierre à Toulouse. Peu après deux heures, dans la nuit de samedi à dimanche, après une bagarre, un homme se retrouve avec une longue plaie, très près de la carotide. L’agresseur aurait utilisé un tesson de bouteille. Mais il dit être en situation de légitime défense.

C’est une banale bagarre à propos d’une histoire de scooter qui éclate dans la nuit de samedi à dimanche à 2h03 précises selon une caméra de surveillance de la ville. Sur les rives de la Garonne, en contrebas de la place Saint-Pierre à Toulouse, un lieu connu pour ses soirées animées, Billal est pris à partie par quelques personnes. L’un d’entre eux, la victime du soir, essaye à plusieurs reprises de le faire tomber avec des coups de pied. Toujours debout, Billal ne se laisse pas faire et frappe soudainement au niveau du cou de la victime, sur son côté gauche. Présent au tribunal avec un épais pansement de la base du cou jusqu’à son oreille, le jeune homme a une plaie de quinze centimètres de long qui nécessite vingt-deux points de sutures. Le médecin légiste explique qu’elle est « compatible avec un tesson de bouteille. » Hors de danger aujourd’hui, « sa carotide a été évitée de peu. » Le dénouement de cette simple altercation aurait pu être plus tragique.

Une vidéo qui ne montre pas tout

Au tribunal, la vidéo de la bagarre est projetée car les juges n’ont pas été en mesure de la visionner avant. Même si elle est de bonne qualité, la vidéo est zoomée. Et l’action se déroule sous le pont Saint-Pierre, dans une zone moins éclairée. On y voit formellement les protagonistes en découdre. Par contre, on ne distingue pas nettement si Billal a dans les mains un objet contondant, comparable à un tesson de bouteille.

Dans les secondes qui suivent, la victime ne semble pas être affectée par ce coup, peut-être sous l’effet de l’adrénaline. La vidéo ne permet pas de voir une plaie ou du sang s’écouler. Le jeune homme s’écarte de l’altercation en marchant calmement et remonte quelques marches vers une poubelle pour se munir de deux bouteilles en verre, une dans chaque main. Puis il revient, prêt à en découdre, vers son agresseur. C’est alors que Billal tente de s’échapper de toutes les personnes qui le prennent à partie en empruntant les escaliers menant sur la place. La projection s’arrête ici.

En situation de légitime défense ?

Pourtant l’avocat de Billal, Me Msika Fouad insiste pour aller plus loin dans le visionnage et pour diffuser une seconde vidéo qui est plus éloignée de l’altercation mais qui donne selon lui un meilleur angle de vue. Les policiers sont prévenus de la bagarre par le poste de contrôle des caméras de la ville dès 2h05 mais ne seront sur place qu’à 2h35 pour arrêter Billal. Avant que la police n’intervienne, le prévenu aurait été agressé par tout le groupe, dont l’un d’entre eux aurait essayé de le jeter à la Garonne, selon son avocat. Il affirme que son client aurait blessé la victime durant ce laps de temps, en situation de légitime défense. Mais le juge n’accède pas à sa demande. Billal a quelques plaies superficielles à la jambe et au genou droit, et des contusions au niveau de la tête. A 2h55, les gendarmes le contrôlent à plus de 2 grammes d’alcool par litre de sang.

L’avocat va faire appel

Billal a 31 ans, il est arrivé en 2020 en France. En situation irrégulière et sans casier judiciaire, il ne parle pas français et est assisté d’une interprète au tribunal. Alors que le procureur requiert trois ans de prison, le prévenu est condamné à dix-huit mois de prison ferme. Dans le box des accusés, il fond en larmes. Le juge justifie la peine par son attitude violente et la gravité des faits.

Contacté, son avocat Me Msika Fouad « confirme qu’un appel sera interjeté dans cette affaire » compte-tenu du fait que toutes les vidéos n’ont pas été visionnées par les juges et qu’un doute subsiste sur la temporalité de la blessure de la victime. Il rappelle « qu’en procédure pénale, le doute doit profiter au prévenu, présumé innocent. » Enfin, il fait le constat implacable, qu’étant donné la nature très expéditive des comparutions immédiates, « les principes généraux du droit pénal y sont appliqués avec une grande légèreté, et bien plus légèrement encore, lorsque le prévenu est sans papiers. » Affaire à suivre.

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