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Un jeune homme au pair agresse sexuellement les enfants de sa famille d’accueil pendant des mois

Enfants souffrant d’abus. Image de Freepik (Illustration).

A Nîmes puis à Toulouse, un jeune homme au pair a profité de sa position pour agresser sexuellement les deux enfants de sa famille d’accueil. Il les photographiait dénudés. Il a également agressé sexuellement l’enfant des voisins.

« Un jour je caresse le dos de mon fils et il me dit : ‘tu ne fais pas comme Pablo*, tu ne me touches pas le zizi.’ » C’est par cette confession inattendue du fils à son père que commence l’affaire. Pablo est espagnol, âgé de 26 ans. Il est jeune homme au pair auprès d’une même famille, d’abord à Nîmes de septembre 2019 à janvier 2020, puis à Toulouse de septembre 2021 à mai 2022. Depuis quinze mois, il est placé en détention provisoire car on lui reproche des agressions sexuelles sur les deux enfants de sa famille d’accueil, Elliot* et Léa*, mais également sur Charles* le fils du voisin à Toulouse. Dans le box des accusés, il reconnait les faits avant même que le juge les rappelle.

Un mode opératoire sordide

Les agressions sexuelles se déroulent généralement le mercredi, jour où il n’y a pas école. Elliot, qui est en CP lorsque l’affaire éclate au grand jour, raconte aux policiers : « Il me demandait si je voulais attraper des pokémons sur son téléphone puis il m’emmenait aux toilettes, et me baissait le pantalon. » A l’audience, Pablo confirme que dans ces moments-là, il allait jusqu’à l’éjaculation devant l’enfant. Elliot poursuit : « parfois, il faisait pareil à Léa ». De deux ans son ainée, sa sœur confirme que c’est arrivé à Toulouse, et avant cela durant son premier séjour à Nîmes. « Il met sa main dans le pantalon d’Elliot. Moi il me presse fort la ‘nounette’ mais sans rentrer de doigts. » Les enfants expliquent qu’ils « n’ont rien dit plus tôt car ils ne savaient pas que ce n’était pas bien. » Ils vont parler d’une autre victime, Charles le voisin qui vient souvent jouer avec les deux frères et sœurs. Pablo lui « faisait la même chose ».

Des enfants dénudés dans son téléphone

Lors des investigations, les policiers retrouvent dans son téléphone des photographies pédopornographiques mettant en scène Elliot et Léa dénudés. Il profitait de sa position pour les photographier nus dans des positions suggestives. C’est l’effarement pour les enquêteurs lorsqu’ils découvrent des photos d’une autre petite fille dans son téléphone, avec les mêmes mises en scène sordides. Entre ses deux séjours à Nîmes et Toulouse, le prévenu a travaillé en tant que jeune homme au pair en Suisse où il s’occupait d’une petite fille, Ambre*, qu’il a photographiée nue. Il lui a probablement fait subir les mêmes attouchements qu’Elliot et Léa. Mais faute d’investigations et malgré les pièces à conviction, le procès ne concerne pas cet enfant. Le juge n’explique cependant pas pourquoi l’enquête n’a pas abouti la concernant, alors qu’il semble avoir suffisamment d’éléments pour l’identifier.

Un comportement de prédateur ?

Lors de l’audience, le prévenu déclare qu’il a commencé à ressentir ces pulsions pédophiles à l’âge de 20 ou 21 ans. Pourtant, lorsqu’il s’inscrit sur la plateforme internet pour devenir jeune homme au pair, il a 22 ans, ce qui interroge madame le juge : « Pourquoi vous vous inscrivez sur cette plateforme alors que vous vous savez déjà attiré par les enfants ? N’est-ce pas un moyen d’être facilement en contact avec des proies faciles et donc un comportement de prédateur ? » Il révèle que le soir, il fume du cannabis « pour se calmer, et pour oublier ce qu’il inflige aux enfants », conscient malgré tout, que ce qu’il fait est mal. Il n’arrive pas à se contrôler et lors des derniers mois avant son arrestation, les pulsions étaient de plus en plus importantes. Il explique aussi qu’en prison il est suivi chaque mois par un psychologue, et qu’il n’a plus de pulsions car il n’a plus de tentation.

Des enfants qui « vont mal »

Le père d’Elliot et Léa ne se doutait de rien : « On lui faisait confiance, sinon on ne lui aurait pas demandé de revenir à Toulouse. C’est un grand manipulateur. » De son côté, le père de Charles mâche inlassablement son chewing-gum, en fixant le prévenu. Une fois à la barre, il explique que son fils « a été suivi par un pédopsychiatre » au début mais qu’il ne l’est plus maintenant. « Au niveau de la nudité, c’est un encore un peu difficile. Aujourd’hui, on évite d’en parler à la maison pour ne pas faire remonter des mauvais souvenirs. »

L’avocate du père d’Elliot et Léa explique lors de sa plaidoirie que les enfants « ont aujourd’hui un sentiment de répulsion quand ils sont touchés ou embrassés. Ils vont mal. Les psychologues parlent du mal-être d’Elliot qui devenait violent avec ses parents. » Le papa ajoute : « Il ne peut plus être seul dans une chambre. Même dormir c’est compliqué. Il se réveille systématiquement dans la nuit pour venir avec nous. Léa va chez le psychologue, c’est très dur pour elle aussi. »

Cinq ans de prison

Lors de ses réquisitions, le procureur explique qu’à cet âge-là, ces enfants ne sont plus des bébés car ils sont conscients des choses qui se passent, mais que ce ne sont pas non plus des adolescents ou des adultes, qui peuvent se défendre. Ils sont donc des proies faciles. Pour ce genre de délit, il explique que la peine encourue est de dix ans d’emprisonnement au maximum, mais qu’il faut s’adapter à la jurisprudence pour que la peine soit juste. Pablo est finalement condamné à cinq ans de prison avec une interdiction de territoire français et une interdiction définitive de travailler avec des enfants. En ce qui concerne l’indemnisation des victimes, elle est renvoyée lors d’un autre procès sur intérêts civils à la demande des parties civiles.

*Les prénoms ont été modifiés.

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