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En mai 2022, un jeune tente de tuer froidement un vigile à Purpan : cinq ans de prison ferme

Voie du drive du Burger King de Purpan. A droite, le Bistro Régent. Google StreetView.

Le 12 mai 2022, une rixe a éclaté à la fermeture du centre commercial Carrefour quartier Purpan à Toulouse. Un des vigiles a reçu deux balles à bout portant dans les cuisses mais a survécu. Hier, trois jeunes hommes étaient jugés au tribunal correctionnel.

Quand le juge énonce les faits dans la salle d’audience, on se demande comment l’accusation de tentative d’homicide a pu être requalifiée en violences volontaires. Mohamed S. est en détention provisoire depuis le 2 juin 2022. Il a 19 ans au moment des faits. Le 12 mai 2022, il est accusé d’avoir tiré une balle dans chaque cuisse d’un vigile du magasin Carrefour de Purpan, après l’avoir fait se mettre à genoux. « C’est une exécution ! » s’exclame le procureur de la République lors de sa plaidoirie. « La vidéo des caméras de surveillance est édifiante. Il est bras tendu, à trois mètres de la victime. Il tire plusieurs fois, puis repart dans l’autre sens, avec un sang-froid. » Les deux fémurs sont touchés mais par chance, les artères fémorales de la victime ne le sont pas « ce qui aurait occasionné sa mort en quelques minutes voire en quelques secondes » poursuit le procureur. En urgence absolue, il est soigné à Purpan. Il bénéficie de 60 jours d’ITT et est toujours aujourd’hui en rééducation.

A cause d’Une gifle la veille

Dans le box, il y a aussi Haytem B. et Hicham S. Les deux sont accusés d’avoir participé à des violences contre trois vigiles du Carrefour de Purpan, des néo-calédoniens de la même famille aux physiques imposants. Hicham S. est le déclencheur de cette histoire. La veille du drame, dans le centre commercial, il gifle l’un d’eux qui le met dehors. Depuis plus d’un an, les employés se plaignent de l’intrusion d’une bande de jeunes du quartier qui commet des incivilités et des vols. Ce 12 mai, le même vigile est chargé de fermer le magasin vers 22 heures, mais sentant une certaine animosité à l’extérieur, il contacte ses deux cousins également vigiles, en repos ce jour-là. A la fermeture de l’hypermarché, une dizaine de jeunes armés de couteaux, de barres de fer, d’une machette et de pierres récupérées sur le parterre décoratif autour du McDonald’s, les attendent.

Hicham l’achève d’un coup de pied

Les esprits s’échauffent, des coups sont donnés, des pierres sont jetées. Dans la cohue, un des jeunes est bousculé. C’est Mohamed S. qui part en scooter et revient quelques minutes après avec une arme à feu. Entre-temps, la rixe continue et se déplace sur le parking devant Bistro Régent. Un des vigiles a une plaie au front qui nécessitera douze points de sutures et six jours d’ITT. En voyant l’arme, les vigiles s’enfuient dans des directions différentes. L’un des deux venus prêter main forte à leur cousin, se retrouve bloqué, seul, dans l’allée du drive du restaurant KFC. C’est ici que Mohamed S. va lui tirer dessus froidement. Le sordide ne s’arrête pas là puisque Hicham S., celui par qui tout a commencé, se trouve juste derrière le tireur et il apporte sa touche finale. Le procureur détaille les images : « Une fois que le tireur a terminé, il fait un bond à la verticale en prenant son élan, pour lui mettre un coup de pied entre les deux yeux. Il tend sa jambe pour y mettre toute sa force. »

Parking du centre commercial de Purpan, vue du dessus. Google Maps.

Mohamed continue de nier a l’audience

Si la procédure est aussi bien détaillée, c’est grâce aux différents témoignages des employés, des clients et des victimes. Ainsi qu’aux caméras de surveillance. Malgré tout, Mohamed S. nie avoir tiré. Pourtant, il ne passe pas inaperçu. L’homme est très grand, plus d’1,90 mètre. Il a des cicatrices très caractéristiques sur ses avant-bras, semblables à des scarifications. Le tireur portait un chignon comme le prévenu à cette époque, si bien que tout le monde l’appelait ‘chouchou’.  Entendue par la police, sa compagne avec qui il vit depuis un an au moment des faits confirme : « Il s’est coupé les cheveux quelques jours après, et je me suis demandé s’il n’était pas impliqué dans cette histoire. Mais je ne l’ai jamais vu à la maison avec une arme. » Puis, elle rajoute, « avant il sortait, aujourd’hui, il ne sort plus. » comme s’il se cachait. Présente à l’audience, elle échange peu de regards avec celui qu’elle visite trois fois par semaine en prison. Elle semble être convaincue de son innocence, ce qui peut expliquer l’entêtement de l’accusé à nier. L’expert psychiatrique dit de Mohamed S. qu’il n’a aucune altération du discernement, mais aucun sentiment de culpabilité non plus.

Cinq ans de prison ferme pour Mohamed

S’il avait été poursuivi devant une cour d’assises pour tentative d’homicide, Mohamed S. risquait jusqu’à vingt ans de prison. Il est finalement condamné à cinq ans de prison ferme et est maintenu en détention. Hicham, l’instigateur de la rixe est condamné à deux ans de prison ferme. Un sursis de quatre mois est révoqué d’une précédente condamnation et rajoutée à sa peine. Haytem est condamné à dix-huit mois de prison ferme. En détention depuis treize mois, il sortira de prison en début d’année prochaine. En situation irrégulière, ils font tous l’objet d’une interdiction du territoire français à l’issue de leur peine. Un procès sur intérêt civils est renvoyé au mois de juin 2024 pour décider de l’indemnisation à apporter aux différentes victimes.

Des victimes solides mais traumatisées

Ils continuent de panser leurs plaies. Le vigile qui a appelé ses cousins est celui qui n’a pas eu de blessures. Il a néanmoins bénéficié de quatre jours d’ITT pour un choc traumatique. Aujourd’hui, selon son avocat, « il se sent coupable d’avoir appelé son cousin ce soir-là. Cette idée le ronge. » De son côté la victime des coups de feu « a des séquelles psychosomatiques d’avoir frôlé la mort » selon son avocat. « Il est en état de stress post-traumatique et de sidération. Il a dû abandonner son projet de devenir policier. Cet évènement a également impacté sa vie de couple. » Les trois victimes sont des néo-calédoniens aux physiques hors-normes. Celui qui a été touché au front a 22 ans. S’il garde des séquelles traumatiques de cette agression, il vient de signer un contrat professionnel avec un club de rugby de la région toulousaine cet été.

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